Radio Elvis : Pire (Annegarn)

Gal Costa : Antonico (Ismael Silva)

dehors la poésie

la. poésie. DE:HORS.

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Cros : Soir

Je viens de voir ma bien-aimée
Et vais au hasard, sans desseins,
La bouche encor tout embaumée
Du tiède contact de ses seins.

Mes yeux voient à travers le voile
Qu’y laisse le plaisir récent,
Dans chaque lanterne une étoile,
Un ami dans chaque passant.

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Désiree Lèzebot : Ce soir à la brunette

Franc-Nohain : Sollicitude

Appétit vigoureux, tempérament de fer,
Member languit, Member se meurt — ami si cher…
            Qu’a Member ?

Eh ! Momille, bonjour ! comment va la famille ?
Le papa ?… la maman ?… tu pleures, jeune fille ?
            Qu’a Momille ?

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"Quand je n’étais qu’au seuil de ce monde mauvais,
Berceau, que n’as-tu fait pour moi tes draps funèbres ?
Ma vie est un blason sur des murs de ténèbres,
Et mes pas sont fautifs où maintenant je vais.

Ah ! que n’a-t-on tiré mon linceul de tes langes,
Et mon petit cercueil de ton bois frêle et blanc,
Alors que se penchait sur ma vie, en tremblant,
Ma mère souriante avec l’essaim des anges !"

Nelligan

Murat : L’irrégulière

Prévert : Histoire du cheval

Braves gens écoutez ma complainte
écoutez l’histoire de ma vie
c’est un orphelin qui vous parle
qui vous raconte ses petits ennuis
hue donc…
Un jour un général
ou bien c’était une nuit
un général eut donc
deux chevaux tués sous lui
ces deux chevaux c’étaient
hue donc…
que la vie est amère
c’étaient mon pauvre père
et puis ma pauvre mère
qui s’étaient cachés sous le lit
sous le lit du général qui
qui s’était caché à l’arrière
dans une petite ville du Midi.

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"La mère ne regardait rien, n’entendait qu’elle-même. « J’en mourrai, Docteur ! qu’elle clamait. J’en mourrai de honte ! » Je n’essayai point de la dissuader. Je ne savais que faire. Dans la petite salle à manger d’à côté, nous apercevions le père qui allait de long en large. Lui ne devait pas avoir son attitude prête encore pour la circonstance. Peut-être attendait-il que les événements se précisassent avant de se choisir un maintien. Il demeurait dans des sortes de limbes. Les êtres vont d’une comédie vers une autre. Entre-temps la pièce n’est pas montée, ils n’en discernent pas encore les contours, leur rôle propice, alors ils restent là, les bras ballants, devant l’événement, les instincts repliés comme un parapluie, branlochants d’incohérence, réduits à eux-mêmes, c’est-à-dire à rien. Vaches sans train."

Céline, Voyage au bout de la nuit

"La notion de « grand poète » a engendré plus de petit poètes qu’il n’en était raisonnablement à attendre des combinaisons du sort."

Valéry, Tel Quel, 1, 35

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Nina Simone : House Of The Rising Sun

Albert Cossery

— Dieu est grand ! répondit le mendiant. Mais qu’importe les affaires. Il y a tant de joie dans l’existence. Tu ne connais pas l’histoire des élections ?
— Non, je ne lis jamais les journaux.
— Celle-là n’était pas dans les journaux. C’est quelqu’un qui me l’a racontée.
— Alors je t’écoute.
— Eh bien ! Cela s’est passé il y a quelque temps dans un petit village de Basse-Égypte, pendant les élections pour le maire. Quand les employés du gouvernement ouvrirent les ruines, ils s’aperçurent que la majorité des bulletins de vote portaient le nom de Barghout. Les employés du gouvernement ne connaissaient pas ce nom-là ; il n’était sur la liste d’aucun parti. Affolés, ils allèrent aux renseignements et furent sidérés d’apprendre que Barghout était le nom d’un âne très estimé pour sa sagesse dans tout le village. Presque tous les habitants avaient voté pour lui. Qu’est-ce que tu penses de cette histoire ?

Gohar respira avec allégresse ; il était ravi. « Ils sont ignorants et illettrés, pensa-t-il, pourtant ils viennent de faire la chose la plus intelligente que le monde ait connue depuis qu’il y a des élections. »

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"Sa réputation de poète lui avait acquis un immense prestige parmi ses compagnons illettrés. C’était lui qui mariait - affreux simulacre - les détenus entre eux. Il est vrai que sa laideur le préservait d’un danger réel : il aurait fallu être aveugle pour vouloir le sodomiser. Heureusement il n’y avait pas d’aveugles en prison."

Albert Cossery, Mendiants et orgueilleux

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